Mots clés : Bionum, Brèves, M2_EMTE
Etiquettes: Adaptations, Plantes, pollinisateurs, relation plante - pollinisateurs, selection naturelle
Chez les orchidées, la séduction est une affaire de tromperie. Contrairement à la plupart des fleurs, les orchidées dupent leur pollinisateurs, à qui elles n’offrent qu’un leurre. Des chercheuses se sont démenées pour déceler tous les secrets de la tromperie.

Photo : Ophrys speculum — © Esculapio, 2007, Wikimedia Commons — Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.5 (CC BY-SA 2.5) — https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ophrys_ciliata_zingaro_038.jpg

Photo : Campsoscolia ciliata — © gbohne (Guido Bohne), 2012 — Wikimedia Commons — Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.0 (CC BY-SA 2.0) — https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bewimperte_Dolchwespe_-_Campsoscolia_ciliata_♀_(8707297837).jpg
Dans un article publié en 2024, Francisco, A., & Ascensão, L ont découvert que cette tromperie est d’autant plus spectaculaire chez Ophrys speculum car elle n’est pas uniquement olfactive mais également visuelle et tactile. La guêpe mâle Dasyscolia ciliata, cherchant à se reproduire, est attiré par les phéromones de l’orchidée. Elle la repère visuellement, et va à sa rencontre. Une fois sur elle, la guêpe mâle est à nouveau dupée par son toucher imitant la femelle.
La supercherie olfactive est possible grâce à une glande qu’on appelle osmophore. Pour la repérer, les chercheurs utilisent un colorant, le rouge neutre. En quelques minutes, certaines cellules se teintent de rouge, signe qu’elles sont vivantes et actives.
Ce n’est qu’ensuite, grâce à d’autres tests chimiques, comme le réactif de Nadi, que les scientifiques identifient les véritables acteurs de la tromperie : des composés odorants, notamment des terpènes et des substances lipophiles, capables d’imiter les phéromones sexuelles de la guêpe.
Nous autres, simples humains, n’ayant pas les mêmes capacités visuelles, ne mesurons pas l’ampleur de la supercherie. La guêpe, étant capable de voir les UV, ne perçoit pas le monde de la même manière que nous. L’orchidée séduit aussi de par sa structure florale qui brille de la même façon que les ailes de la guêpe.
Du point de vue tactile, pour Dasyscolia, l’orchidée présente des poils fins, tout comme le thorax de sa femelle. L’observation en microscopie électronique à balayage qui permet de voir la morphologie 3D à l’échelle microscopique a permis aux chercheuses de révéler la finesse texturale de ce mimétisme.
Les mâles, trompés par ces mimétismes, tentent de s’accoupler avec la fleur et transportent ainsi le pollen de fleur en fleur, assurant involontairement sa pollinisation.
Mais cette alliance, aussi incroyable soit-elle, pourrait-elle être sa plus grande vulnérabilité ?
Si la guêpe disparaît, l’orchidée disparaît avec elle. Le monde vivant étant interconnecté, perdre une espèce peut donc rompre l’équilibre des écosystèmes.
Le monde vivant est un réseau d’interactions subtiles. Et si l’on croit souvent que seuls les animaux manipulent les plantes à leur avantage… ne serait-ce pas parfois l’inverse ?
Francisco, A., & Ascensão, L. (2024). Osmophore structure and labellum micromorphology in Ophrys speculum (Orchidaceae): New interpretations of floral features and implications for a specific sexually deceptive pollination interaction. Plants, 13(10), 1413. https://doi.org/10.3390/plants13101413