Mots clés : Bionum, Brèves, M2_EMTE
Etiquettes: Adaptations, Brassica rapa, Odorat, Plante, pollinisateurs, relation plante - pollinisateurs, selection naturelle
Respirer le parfum d’une jolie fleur fraîchement cueillie est un plaisir que nous partageons tous, mais les plantes cachent dans leur jardin secret, le rôle de ces arômes…
Le “parfum floral”, mélange de composés volatils, a évolué au cours du temps pour optimiser l’attraction des pollinisateurs tout en faisant face aux herbivores qui mangent les plantes [1]. Pour comprendre comment ces pressions influencent l’évolution et la production du mélange de composés, des chercheurs américains ont suivi, durant quatre générations, des populations de Chou champêtre (Brassica rapa L.) cultivées dans des prairies expérimentales. Dans l’expérience, certaines plantes sont exposées aux herbivores et aux pollinisateurs potentiels, tandis que d’autres sont protégées de ces herbivores par un pesticide qui épargne les pollinisateurs [2].
Le verdict est tombé : sans influence de l’herbivorie, les plantes ont fortement augmenté l’émission de cinq composés volatils clés dans l’attraction des pollinisateurs. Ces molécules sont produites en plus grande quantité sous l’effet de la pression exercée par les pollinisateurs, provoquée par l’absence des herbivores. En revanche, en présence d’insectes herbivores, cet effet disparaît : les ressources sont alors mobilisées pour survivre et moins séduire.
Par comparaison, chez les paons, les mâles arborent de superbes queues colorées pour séduire les femelles. Darwin avait observé que ceux aux queues les plus grandes et éclatantes se reproduisaient davantage. En quelques générations, cette préférence des femelles sélectionne des mâles avec les queues les plus imposantes et colorées, un processus pouvant s’étendre sur une vingtaine de générations [3], soit cinq fois plus lentement que l’évolution des composés volatils de notre chou champêtre !
Dans la nature, les pollinisateurs et les herbivores cohabitent en permanence, contraignant les fleurs à trouver un équilibre subtil entre défense et attraction. Sans menace, elles peuvent se concentrer dans l’attraction des pollinisateurs et récolter les fruits de leur popularité, qu’elles laissent dans les graines derrière elles !
[1] Scent. (s. d.). https://www.fs.usda.gov/wildflowers/pollinators/Plant_Strategies/scent.shtml?utm_, consulté le 28 septembre 2025.
[2] Ramos, S. E., & Schiestl, F. P. (2020). Evolution of Floral Fragrance Is Compromised by Herbivory. Frontiers In Ecology And Evolution, 8. https://doi.org/10.3389/fevo.2020.00030
[3] Darwin, C. R. 1871. The descent of man, and selection in relation to sex. London: John Murray. Volume 1. 1st edition.