Mots clés : Bionum, Brèves, M2_EMTE
Etiquettes: Champignon, courants électriques, Mycorhizes, Plantes, Relations Plantes - Champignons
<strong>Chez les humains, les informations entre les différents organes sont transmises notamment grâce à des signaux électriques. Il en va de même chez les plantes. Par exemple, lorsqu’ un escargot grignote une feuille, cela va déclencher un signal électrique qui va se répandre dans tout l’organisme de la plante. Ces signaux au sein d’un organisme transmettent des informations qui vont générer des réactions de défense.

Illustration Enzo Limeux
Mais ce signal électrique pourrait-il être également propagé vers d’autres plantes ? C’est la question que se sont posés Thomas et Cooper lors d’une étude réalisée en 2022 [1]. Pour étudier cette transmission de signal, ces chercheurs se sont appuyés sur la mycorhize, une association des filaments d’un champignon et les racines d’une plante, qui facilite, notamment, des échanges nutritifs entre les deux partenaires.
Les chercheurs ont ainsi expérimenté sur deux espèces de plantes différentes (des pois ou des concombres), cultivées en laboratoire dans des milieux de culture séparés, et reliées uniquement par des filaments de champignon. Pour vérifier que le signal électrique traverse bien les filaments, ils ont placé un capteur sur la plante A et ont coupé une feuille de la plante B, générant ainsi un signal électrique (cf. figure ci-dessus).
Ils ont alors observé une variation de la fréquence du signal chez la plante réceptrice. Ce qui leur a permis de déduire que la plante blessée transmettait un signal électrique au champignon, qui lui-même, le transmettait à la seconde plante. Cependant, le signal transmis par le champignon arrivait légèrement modifié à la plante réceptrice. Par ailleurs, lorsque les filaments étaient sectionnés, il n’y avait plus de transmission de l’information d’une plante à l’autre, montrant le rôle de conducteur du champignon mycorhizien.
Ces résultats prouvent que, dans des conditions de laboratoire, des signaux peuvent se propager entre plantes via des réseaux de champignons suggérant une forme supplémentaire de communication. Cette étude ouvre donc la voie à de nouvelles recherches sur le rôle des champignons dans la transmission d’informations au sein des écosystèmes. Cela permettrait alors d’envisager l’importance de la communication inter-plantes dans l’adaptabilité d’un écosystème, notamment dans le cas de perturbations environnementales comme les sécheresses. Si c’était le cas, le transfert d’information via des signaux électriques pourrait permettre aux arbres de s’alerter mutuellement d’un danger, afin d’y faire face [2].
Bibliographie :
[1] Thomas, M. A., & Cooper, R. L. (2022). Building bridges: mycelium–mediated plant–plant electrophysiological communication. Plant Signaling & Behavior, 17(1), e2129291. ((https://doi.org/10.1080/15592324.2022.2129291)
[2] Beiler, K. J., Durall, D. M., Simard, S. W., Maxwell, S. A., & Kretzer, A. M. (2009). Architecture of the wood‐wide web : Rhizopogon spp. genets link multiple Douglas‐fir cohorts. New Phytologist, 185(2), 543‑553.
(https://doi.org/10.1111/j.1469-8137.2009.03069.x)