Mots clés : Billets de Blog, MEG
Etiquettes: Denisova, Génétique, génome, Morphologie, Os, Paléontologie, Phylogénie, Séquençage, Squelette

Dans notre “visual novel” : “À un doigt de la vérité“, incarnez une stagiaire en paléogénétique et analysez un morceau de phalange d’une espèce humaine disparue : les Homo denisovensis !
2010. Un paquet très attendu contenant un sachet zip-lock arrive aux portes de l’IJM, après avoir voyagé de laboratoire en laboratoire. Il contient un morceau de phalange issu d’un auriculaire trouvé dans la grotte Denisova dans le sud de la Sibérie. Cliquez pour dérouler la suite du script du jeu
Un autre laboratoire situé en Allemagne, MPI for Evolutionary Anthropology, a déterminé que cette phalange appartenait à un individu Homo denisovensis, une lignée sœur des Homo neanderthalensis, de sexe féminin.
Viens voir ! On va travailler ensemble sur cette analyse afin de vérifier si ce morceau de phalange appartient bien au même individu que celui en Allemagne. Nous allons aussi pouvoir étudier la morphologie de cette phalange pour en apprendre plus sur les humains anciens.
Il faudra penser à laver régulièrement nos gants et nos instruments à la javel, et stériliser les solutions en les irradiant aux UVs.
Est-ce vraiment une phalange ? C’est si petit !
Ce n’est pas la phalange entière, l’autre morceau se trouve en Allemagne. Mais nous avons le plus gros bout !
Avant de faire l’analyse génétique, mesurons-le.
Pourquoi ne pas la faire tout de suite ?
Impossible. L’analyse génétique nécessite de prélever un morceau, ce qui fausserait les mesures.
Il va falloir mesurer notre phalange et la comparer à notre collection.
Morphologiquement, cet os se rapproche plus des Homo sapiens que des Homo neanderthalensis.
Exactement !
Grâce à notre fragment, nous pouvons également déterminer l’âge de son propriétaire. Je vais te montrer.
Tu vois, les os des phalanges fusionnent au cours de la croissance. L’apparence de notre os nous donnera donc une idée de l’âge de l’individu.
Selon toi, à quelle tranche d’âge correspond notre échantillon ?
enfant Non, l’os est bien plus fusionné dans notre cas
adolescente Exact, tu as l’œil !
adulte Non, l’os est bien moins fusionné dans notre cas
Passons maintenant à l’analyse génétique. Nous devons vérifier que ce morceau de phalange appartient au même individu que le morceau conservé en Allemagne.
En effet, notre morceau a fait une escale aux Etats-Unis, donc nous devons vérifier qu’il n’y a pas eu d’erreurs en chemin.
Comment va-t-on faire une analyse génétique sur un os ?
Même des années après la mort de l’individu, l’os conserve des cellules. Elles gardent des fragments d’ADN. Nous allons pouvoir extraire ces fragments d’ADN afin d’en savoir plus sur le propriétaire de cette phalange au niveau génétique.
Super ! Notre phalange appartient bien à la même personne que le bout en Allemagne.
Ce qui confirme que nous avons affaire à une fille Homo denisovensis.
Maintenant, qu’est-ce que tu conclues de nos expériences sur les origines de Denisova ?
Récapitulons : la phalange de Homo denisovensis est morphologiquement plus proche des phalanges de Homo sapiens,alors que son ADN est génétiquement plus proches des Homo neanderthalensis. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
Les grandes phalanges des Homo neanderthalensis sont un caractère apparu après la séparation de la lignée Homo neanderthalensis de l’ancêtre commun partagé avec les Homo denisovensis.
Ainsi, même si Homo neanderthalensis est génétiquement proche des Homo denisovensis, ce caractère n’a été acquis que dans la lignée des Homo neanderthalensis.
Comme quoi, l’ADN en dit toujours plus que la morphologie !
C’est un piège récurrent en phylogénie. Maintenant, nous savons qu’il faudra faire attention dans les futures fouilles à ne pas confondre des phalanges de Homo sapiens et Homo denisovensis !
Biblio/web :
- Bennett, E. A., Crevecoeur, I., Viola, B., Derevianko, A. P., Shunkov, M. V., Grange, T., Maureille, B., & Geigl, E.-M. (2019). Morphology of the Denisovan phalanx closer to modern humans than to Neanderthals. Science Advances, 5(9), eaaw3950. https://doi.org/10.1126/sciadv.aaw3950
- Moss, M. L., & Noback, C. R. (1958). A longitudinal study of digital epiphyseal fusion in adolescence. The Anatomical Record, 131(1), 19‑32. https://doi.org/10.1002/ar.1091310103
- Paléogénomique : la double hélice comme machine à explorer le temps”, chaîne YouTube d’Université Paris Cité, 6 Mars 2025, réalisé par Samia Serri https://www.youtube.com/watch?v=rUhji6dq2X0
- Geigl, E.-M. (2020, janvier 13). Une petite phalange réécrit l’histoire évolutive des humains. The Conversation. https://doi.org/10.64628/AAK.vpersyfyr